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Critique: Docteur Folamour

23 Janvier 2012, 23:24pm

Publié par Superboubouge

 

Durant la guerre Froide, Le général Jack Ripper lance une attaque d’avion avec des missiles nucléaires sur la Russie pensant que les communistes ont comme idée de contaminer l’eau potable des Etats-Unis. Les hautes autorités des Etats-Unis, alors en alerte, font tout pour discuter avec leurs homologues soviétiques pour les prévenir du drame et de stopper à tout prix le général …

 

Après son succès commercial avec Spartacus et son film plus intimiste Lolita, Stanley Kubrick se lance dans sa trilogie de la science fiction avec le Docteur Folamour, excellente satire noire corrosive sur les relations entre les deux blocs durant la guerre Froide. Tout cela avec un Peter Sellers des grands jours.

 

 

Pour la distribution, Stanley Kubrick fait confiance à des anciennes connaissances telles que Peter Sellers ou bien Sterling Hayden. Que dire de l’incroyable performance de Peter Sellers (Lolita, la saga de La Panthère Rose, Casino Royal, …) qui interprète trois rôles avec une aisance désopilante. Dans ces personnages, tous différents, on le retrouve en colonel coincé Lionel Mandrake qui doit à tout prix découvrir les codes du général Ripper pour stopper les avions, en président des Etats Unis Merkin Muffley qui tout aussi coincé que le colonel doit prévenir les russes de l’attaque et enfin en handicapé Docteur Folamour qui se retient de crier son amour pour Hitler. Ce dernier, complètement loufoque, est une invention de Sellers qui excelle dans ce rôle où tout est parfait avec son accent germanique assez nerveux, ses mimiques qui frisent le ridicule, sa look avec ces grosses lunettes et sa coupe de cheveux, son rire machiavélique et son idéologie de repeuplement de la planète. Tout pour en faire un personnage mythique du cinéma. Mais l’acteur est tout autant plus tordant dans ses autres costumes plus mesurés. Ces derniers sont en opposition totale avec les autres personnages complètement déments et à la situation explosive. L’acteur multiplie les scènes d’anthologie comme celle où il appelle le président russe pour lui dire que des avions vont bombarder sont pays, celle où il essaye de convaincre le général Ripper de tirer sur les soldats américains qu’il confond avec des russes, celle où il est interrompu par la mort de Ripper et enfin celle lorsqu’en tant que Dr Folamour il retient son bras qui tente de faire la salut nazi. Il arrive à éviter le risque de faire du cabotinage grâce à une justesse en donnant un certain réalisme à ces personnages. Avec une palette de comédie exceptionnelle, une présence forte et un sens de l’improvisation innée, Sellers nous livre assurément sa meilleure performance.

 

 

 

Mais elle n’éclipse tout de même pas celles d’un des monstres du film noir, Sterling Hayden (Quand La Ville Dort, Johnny Guitar, L’Ultime Razzia, Le Parrain, 1900, …) et de George C. Scott (Patton, et de nombreux séries télé, …). En général Jack D. Ripper complètement fêlé, Sterling Hayden excelle dans l’excès et dans la folie des grandeurs. Cette folie l’amène à une paranoïa destructive, il lance des avions vers la Russie avec des bombes croyant à une contamination des eaux et mitraille des soldats américains pensant qu’ils étaient russes. Il est le symbole de ces hommes hauts gradés, que dénoncent Kubrick, qui sur un coup de sang peuvent créer de véritables atrocités de dimensions mondiales. A son habitude Hayden impose par sa puissance de jeu et par sa voix grave très autoritaires et donne une dimension satirique à son personnage tellement il est dans l’excès. Tout comme George C. Scott en général « Buck » Turgidson complètement puéril mais tout aussi dangereux que Ripper, qui lui aussi a une haine des soviétiques. D’une bêtise incroyable pour un général, notamment dans le jugement des nationalités ou dans ses railleries sur les interventions du président russe. Etonnant dans la caricature, George C. Scott est à tordre de rire tellement il en rajoute dans le côté abruti. Comme pour le personnage d’Hayden, il symbolise la dangerosité d’avoir des hommes aussi infantiles à la tête de l’état. Anecdote : pour gagner le respect de cet acteur très difficile, Kubrick l’a battu à de multiples reprises à un de ses jeux préférés : les échecs. Les guignols de l’info reprendront ce crédo avec la marionnette de G W. Bush. On se souviendra aussi de Slim Pickens en délirant commandant T. J. « King » Kong qui sera le protagoniste de la fameuse scène lorsqu’il chevauche la bombe qui tombe sur la Russie. Ce rôle aurait du être joué par Sellers mais diminué physiquement, il ne put tenir son rôle.

 

 

Le Docteur Folamour est signé par un des grands visionnaires du cinéma, Stanley Kubrick (L’Ultime Razzia, Les Sentiers De La Gloire, Spartacus, Lolita, 2001 L’Odyssée De L’Espace, Orange Mécanique, Barry Lyndon, Shining, Full Metal Jacket, …). Au départ, le film devait être un thriller à suspens, une course contre la montre pour éviter une troisième guerre mondiale qui semblait inévitable. Le réalisateur s’est rendu compte que le sujet qu’il traite est tellement absurde sur certains aspects que le film sera d’autant plus fort s’il est abordé sous l’angle d’une comédie. Le cocktail qu’il a travaillé pendant de nombreuses années abouti sur un film d’un humour noir percutant, corrosif et délirant où il mélange des dialogues puissants, des situations loufoques et des acteurs hilarants. Les dialogues cultes s’enchainent telles une mitraillette qui tirent, on retrouve « Gentlemen, you can't fight in here. This is the war room », le discours de Hayden sur « les précieux fluides corporels » ou bien la théorie du Docteur Folamour, préconisant une vie sous terre avec un ratio de 10 femmes / homme. Ces phrases d’une drôlerie sont en opposition à la situation dramatique que vivent les protagonistes. Les situations loufoques sont bien évidemment l’attaque des avions sur la Russie, l’appel du président américain à son homologue soviétique, ou bien le commandant chevauchant la bombe. Il aurait pu se rajouter une scène qui serait devenue surement culte mais que Kubrick supprima car trop forte par rapport au reste du film, celle du lancé de tarte à la crème dans la salle de guerre. De plus, Kubrick tient une grande importance aux détails et laisse des images fameuses comme par exemple l’inscription sur les bombes de « Dear John » en référence à la mort récente de J F. Kennedy. Tout cela pour montrer que la guerre froide n’était pas aussi froide que çà. Kubrick a recours au registre sexuel pour plonger encore plus ces personnages dans le ridicule, on retiendra la panne au lit et les précieux fluides corporels de Hayden, le repeuplement du Docteur Folamour et bien évidemment les bombes que chevauche le commandant Kong qui ressemblent à des pénis. La réalisation de Kubrick est aussi formidable avec une photographie éblouissante de Gilbert Taylor, toute en noirs et blancs superbement contrastés, des cadrages de Kubrick magnifique notamment dans la salle de guerre avec des plans serrés pour accentuer la tension et des plans larges qui dessinent parfaitement les silhouettes des protagonistes et dans les scènes extérieures de la base militaire. Kubrick mélange parfaitement le suspens des films noirs (avec toutes les caractéristiques) avec une comédie burlesque.

 

 

Le scénario a été coécrit par Stanley Kubrick et Terry Southern d’après le livre de Peter George, Red Alert.

 

Six mois après la mort de J F. Kennedy, sort le Docteur Folamour où à l’aide d’un humour noir corrosif, Kubrick dépeint une situation politique au bord de l’explosion à cause de dérapage de hauts gradés. D’une efficacité terrible, le film s’affirme toujours comme une des plus grandes satires et comédies du cinéma.

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